Défaite de l'italie
Une entrée fracassantePourtant, pendant le haka, ils s'étaient regroupés entre eux, en cercle, pour se parler, se rassurer, et à vingt-deux en plus. C'était encore le meilleur moyen, pour ces Italiens que la rumeur dit parfaitement intégrés à l'élite du rugby européen, d'exister contre les meilleurs du monde. Il s'est pourtant produit exactement l'inverse de l'effet recherché. La
Nazionale, en une poignée de minutes, abandonna à la Nouvelle-Zélande le contrôle total de son entrée en scène en Coupe du monde. Fracassante, l'entrée en scène, au moins sur le plan du score (76-14), totalement dans les clous par rapport aux canons enregistrés entre les deux équipes (7-70 il y a quatre ans, par exemple). Franchement, cela ressembla trop vite à un entraînement avec public - ravi, le public, au passage - et il n'est pas possible de déduire grand chose sur le niveau de jeu que sauront produire les Blacks quand l'adversaire résistera. Il y a seulement cette évidence : cette équipe n'a pas d'équivalent pour humilier son prochain sur ses points faibles. Chaque pouce de terrain laissé, chaque faute de main, chaque plaquage non définitif est sanctionné sans aucune forme de procès d'un essai le plus souvent transperçant (onze au total, trois pour Howlett) et d'une transformation signée Carter (7 sur 9, dont une sur le poteau).
L'Italie inexistanteL'Italie le comprit en moins de temps qu'il n'en faut pour chanter un hymne : elle n'échapperait pas à cette raclée qu'elle s'était promis de retarder. Bleus et Blacks jouaient à peine depuis une minute que So'oialo chipait une touche comme à l'entraînement, déviait vers Williams lequel lançait McCaw, droit vers l'en-but, presque surpris par tant de facilité. Et cela dura, comme ça, pendant une demi-heure (7-0 à la 7e, 24-0 à la 12e, 38-0 à la 18e, 43-0 à la 29e...). Au début, c'était même aussi parfait qu'une opération marketing bien léchée, avec McCaw (deux essais) et Carter (trois transformations plus une pénalité en vingt minutres) dans le rôle des héros. Ils avaient écrasé l'applaudimètre pendant la présentation des équipes. Les quinze Italiens, les meilleurs du squad de Berbizier, n'oublieront jamais cette déferlante. Oh bien sûr, les Blacks étaient bons. Les libérations, rapides ; les initiatives indivudelles, productives ; la pitié, absente. Mais la
Nazionale avait peur, rendait les ballons, offrait les essais, n'enchaînait rien. Le ridicule n'a jamais tué, mais les Italiens n'étaient pas venus pour ça. Alors ils se sont rebellés, avec la complicité du Vélodrome, qui appréciait leur panache consistant à jouer à la main, toujours, même les pénalités. Il fallait qu'on se rapproche de l'écart historique moyen entre les deux équipes (54,5 points) pour que les Italiens répondent aux attentes de
Pierre Berbizier, c'est-à-dire pour considérer les adversaires non comme des divinités mais comme des êtres à plaquer, à contourner, à défier. L'Italie réussit alors l'essentiel, asseoir la réputation de son pack (équilibre en touche, en mêlée, quelques groupés pénétrants encourageants) et avancer, toujours, pour servir une certaine idée du jeu, malgré les contres. L'Italie inscrit deux essais à Marseille, par Stajonevic et Mirco Bergamasco.
Sauver l'honneurIl fallut presque se pincer, l'heure de jeu venue, pour constater que l'Italie, son courage à deux mains, possédait le ballon plus qu'elle ne pouvait l'espérer. Mais c'est encore les Blacks, au premier faux pas, qui garnissaient le tableau d'affichage malgré douze minutes sans point entre la 38e et la 50e. Un gouffre, dans un tel match, et une anomalie, vite comblée par 28 points en vingt minutes. La Nouvelle-Zélande n'avait jamais autant marqué pour son entrée en Coupe du monde. Les deux dernières fois, déjà contre l'Italie, elle avait placé la barre à 70, en 1987 et 2003. Il y a vingt ans, elle avait gagné le tournoi. Il y a quatre ans, elle avait chuté en demie contre l'Australie pour une nouvelle blessure au fer rouge. Bref : rien de très neuf sous le soleil marseillais. Les All Blacks sont peut-être forts comme jamais, mais c'est le 20 octobre qu'il faudra en être certain.
source l'équipe